Sur le 141 rue de Charonne

« Il n’y a pas de lois pour ces gens-là » :

Les expulsions continuent après la trêve hivernale !

Dans la nuit du dimanche 4 au lundi 5 novembre, la préfecture a expulsé le 141 rue de Charonne de ses habitants, présents depuis une petite semaine dans leur nouveau logement. Cet immeuble était tout à fait habitable et nous disposions de l’eau et de l’électricité. Aucune vétusté ne pouvait sérieusement être avancée par les autorités pour justifier l’expulsion. Aucun arrêté de péril n’a été délivré sur cet immeuble et aucun constat d’huissier ne permettait aux autorités de conclure que l’immeuble était vétuste.

 Comme à son habitude, la Préfecture a décidé d’une expulsion spectaculaire. En 2 heures, elle a mobilisé 25 fourgons de CRS pour déloger violemment les occupants. Au cours de cette expulsion, plusieurs personnes ont été blessées par les matraques de la police, plus de 30 personnes ont été embarquées au commissariat et à ce jour, une de nos camarades est en garde vue pour le motif fallacieux qu’elle aurait « mordu » un agent des forces de l’ordre. La blague !

 Pour ces 50 personnes expulsées, mal-logés qui se sont organisés pour avoir un toit, c’est encore une démonstration de force des responsables politiques et une volonté douteuse de les laisser dans la merde. Aucune solution immédiate ou future de logement n’est proposée ! Ils nous disent clairement de dégager de Paris, de cailler dans la rue, même lorsque nous trouvons des solutions par nous-même.

Si le propriétaire du 141 rue de Charonne est un bailleur social qui se veut œuvrer pour du logement très social, il possède et conserve des immeubles vides pendant des années. En ce qui concerne le 141, rue de Charonne, il est vide depuis quatre ans et devait être démoli depuis 2009 pour construire des logements peu sociaux : sur les 12 logements prévus à la construction, seuls 4 était réellement accessibles aux mal-logé-e-s (PLAI). Et nous les occupons aussi pour attaquer cette politique, qui sous couvert de « mixité sociale » construit en grande majorité des logements très chers (PLUS, PLI) auxquels la plupart des demandeurs n’ont pas accès.

C’est de cette manière, sous couvert de « social » – que la Mairie et les bailleurs organisent l’expulsion des pauvres toujours plus loin de Paris. Cette politique laisse toujours des gens sur le carreau. Certains parmi nous sont demandeurs de logements sociaux avec DALO favorable depuis de nombreuses années, certains autres, faute de papiers, n’entrent même pas dans les critères d’attribution. Il ne s’agit pas pour nous de passer devant les autres demandeurs de logements sociaux mais bien de remettre en question la politique d’attribution de ces logements. Face à une politique du logement injuste, nous préférons nous organiser collectivement pour occuper des immeubles vides pour y vivre comme bon nous semble, nous organiser collectivement, lutter pour nos besoins.

Quelques jours avant la trêve hivernale, Cécile Duflot, ministre du logement, a déclaré qu’elle envisageait d’appliquer la loi de réquisition des immeubles vacants « si cela est nécessaire ». Cela est nécessaire, ne serait-ce que pour loger tous celles et ceux qui sont de longue date à la rue. Ne serait-ce que pour reloger les dizaines de personnes et de familles expulsées ces derniers jours dans le grand nettoyage organisé à la va-vite avant la trêve d’hiver.

Les bonnes intentions de la ministre nous laissent un goût amer, à nous, collectif des mal-logés acharnés, qui avons subi 3 expulsions en deux semaines ! Les immeubles situés 38, rue des Bois, 260 rue des Pyrénées et 141 rue de Charonne auraient permis à une centaine mal logés forcés de vivre à la rue de trouver enfin un toit et une certaine stabilité. Ces bâtiments sont aujourd’hui vides, surveillés en permanence par des vigiles et leurs chiens et nous savons qu’ils le resteront encore longtemps.

Cette politique d’expulsion a souvent lieu en dehors de tout cadre légal. Alors que nous disposions de preuves justifiant que nous habitions dans ces immeubles depuis au moins une semaine et que seule une décision de justice pouvait mener à notre expulsion, les forces de l’ordre et les politiques se passent de leurs propres lois. En off, un policier nous fait part des propos de la préfecture : « Il n’y a pas de lois pour ces gens-là ».

Les politiques n’hésitent à dénier la réalité. Jean-Yves MANO, Maire adjoint chargé du logement à la Mairie, a déclaré qu’il n’y avait pas de familles ni d’enfants qui vivaient dans le bâtiment. En effet, à l’arrivée de la police et par peur de subir des violences policières ou d’être poursuivi judiciairement, ces familles ont préféré quitter le bâtiment. Certaines d’entre elles sont restées en soutien au-delà des cordons de police et n’hésitaient pas à crier « Non aux expulsions ! Oui aux occupations »

Que les premiers concernés s’organisent, c’est le cauchemar que le pouvoir veut à tout prix réprimer !

Nous exigeons la pérennisation des lieux occupés par tous ceux qui s’organisent pour se loger.

Pas d’expulsions sans relogements !

Arrêt immédiat des poursuites pour la personne arrêtée lors de l’expulsion !

Des logements pour tous avec ou sans papiers !

Solidarité avec les expulsés d’ici et d’ailleurs !

Des mal-logé-e-s acharné-e-s

 

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